Un malaise professionnel longtemps tu : réalité ou mythe ?
Rarement tendance dans l’opinion, la détresse psychologique des vétérinaires français est pourtant une donnée mesurée et préoccupante. La profession enregistre, selon Santé Publique France, un taux de suicide estimé à deux à trois fois supérieur à la moyenne nationale. En 2022, le Réseau Vétérinaires Entraide a identifié que 12 % des jeunes diplômés déclaraient des symptômes caractéristiques de la dépression modérée à sévère. Exponentiel en zones rurales, ce malaise se cristallise à l’échelle internationale : le Royal College of Veterinary Surgeons (RCVS, Royaume-Uni) parle de « crise de wellness » dans plusieurs pays européens (The Veterinary Record, 2020).
Le cliché du « métier passion » ne suffit plus à masquer la réalité : entre surcharge administrative, horaires atypiques, pression des propriétaires et isolement, la charge mentale explose. L’omniprésence du stress (décisions en urgence vitale, erreurs difficiles à accepter, exigences économiques des clients, euthanasies itératives) expose les praticiens à des risques psychiques spécifiques, rarement discutés en dehors du cercle clos de la profession.
Si la sphère anglophone relaie depuis plusieurs années ces problématiques avec des campagnes de prévention de grande ampleur (notamment en Australie et au Canada), la France a longtemps peiné à sortir du tabou.