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Prépa classique ou licence scientifique : quelle voie pour devenir vétérinaire en France aujourd’hui ?

11 novembre 2025

Un choix fondateur dans un paysage en mutation

Devenir vétérinaire en France relève du parcours du·de la combattant·e : la voie royale de la classe préparatoire BCPST et les nouvelles possibilités offertes par les licences scientifiques à l’université dessinent aujourd’hui deux chemins principaux – chacun porteur de ses atouts, de ses écueils et d’enjeux rarement évoqués lors de l’orientation. Avec l’arrivée récente de la procédure nationale Parcoursup et la réforme des concours (depuis 2021), ces questions deviennent d’autant plus actuelles : comment choisir, en connaissance de cause, la route la plus pertinente pour accéder au métier vétérinaire ?

L’accès aux écoles vétérinaires françaises : une filière de plus en plus diversifiée

En 2024, la France compte quatre ENV (Écoles nationales vétérinaires : Alfort, Lyon, Toulouse, Nantes) accessibles via différents concours après deux, trois ou même quatre années post-bac. Jusqu’en 2021, la classe préparatoire BCPST était très largement la principale porte d’entrée. Selon la plateforme Admission Post-Bac (APB, devenue Parcoursup), 75 à 80 % des admis venaient encore de cette prépa entre 2015 et 2020.

Mais la diversification est désormais bien réelle :

  • Concours A (prépa BCPST) : ~440 places en 2023 (données ENV), soit environ 68 % du total.
  • Concours B (licence scientifique) : ~150 places, soit plus de 23 % – en forte hausse depuis 2017 (moins de 10 % auparavant).
  • Concours C (BTSA-DUT biologie) et D (médecine/pharmacie) : quelques dizaines de places.

Cette ouverture traduit une volonté institutionnelle : « Permettre à des profils plus variés d’intégrer la profession, pour mieux répondre aux défis contemporains » (Ministère de l’Enseignement supérieur, 2021). Mais dans les faits, toutes les voies ne se valent pas en termes de chances de réussite, de vécu ou d’expérience formative.

La prépa BCPST : excellence académique, pression et reproduction sociale

Organisation et sélectivité

La classe préparatoire BCPST (Biologie, Chimie, Physique et Sciences de la Terre), accessible après un bac général à dominante scientifique, propose deux années très intensives : 30 à 35 heures de cours hebdomadaires (hors travail personnel), encadrement fort, devoirs surveillés, concours blancs… Cette filière vise l’excellence : un double objectif – préparer non seulement aux écoles vétérinaires, mais aussi aux écoles d’ingénieurs agronomes, ENS, écoles normales supérieures, etc.

Le ratio candidats/places y reste le plus favorable du système vétérinaire : en 2023, environ 2 100 candidats pour 440 places sur le concours A, soit un taux d’admission proche de 21 %. Ce taux peut sembler « élevé », mais il ne prend pas en compte l’autocensure ni l’auto-sélection : nombre d’étudiant·es abandonnent la prépa ou bifurquent faute de tenir la pression académique (selon l’Inspection générale, entre 15 et 22 % de réorientations après la première année chaque année).

Points forts

  • Maîtrise rigoureuse des fondamentaux scientifiques (biologie, chimie, physique, géologie).
  • Capacité de travail acquise, avec des méthodes efficaces souvent saluées dans les ENV.
  • Accompagnement personnalisé, suivi régulier, esprit de promotion, réseau d’entraide.

Limites et réalités difficiles

  • Sélectivité sociale : Près de 75 % des élèves en prépa BCPST sont issus de catégories sociales favorisées (Le Monde, 2019), avec une forte homogénéité sociologique constatée d’une année à l’autre.
  • Fatigue, stress intense, risques d’épuisement : selon une étude de l’ANSES (2022), 38 % des étudiant·es en prépa présentent des symptômes d’anxiété sévère en deuxième année.
  • Pression du concours : Format très académique, qui peut exclure des profils atypiques, excellant par exemple dans la réflexion ou l’expérience pratique plus que dans la restitution de connaissances au format concours.
  • Orientation limitée : En cas d’échec au concours après deux (ou trois) ans, difficile parfois de rebondir sans perte d’années (même s’il existe des passerelles vers les licences).

La licence scientifique : pluralité des parcours, autonomie et nouveaux horizons

Fonctionnement et spécificités

L’accès aux ENV via la licence scientifique (concours B) repose sur un cursus L2 et L3 (minimum) en Biologie ou Sciences de la vie. Ce concours, ouvert aux titulaires d’une licence, évalue à travers des épreuves écrites et surtout un oral axé sur la capacité à relier savoirs théoriques, expérience pratique et motivation professionnelle.

Le nombre de places ouvertes par cette voie a significativement augmenté : de 69 places en 2017 à 150 en 2023 (source ENV). Le taux de réussite reste faible – en 2022, près d’un millier de candidats se sont présentés pour 140 places, soit environ 14 % (source : rapport INGÉRANCE 2022). La sélection s’est donc renforcée.

Quels profils y réussissent ?

  • Étudiant·es qui n’ont pas souhaité affronter l’intensité de la prépa dès le post-bac, ou qui ont connu une réorientation.
  • Candidat·es avec une expérience associative, un projet professionnel construit et une forte motivation (l’oral du concours B valorise ces aspects).
  • Profils plus divers socialement, même si l’accès aux grandes universités reste inégalitaire selon les territoires (INSEE, 2021).

Forces et spécificités de la licence

  • Formation universitaire moins normative, davantage axée sur la recherche, l’autonomie, la démarche scientifique.
  • Possibilité de « tester » différents modules ou options (écologie, biologie humaine, génomique…), d’affiner son projet ou, le cas échéant, de bifurquer en master ou vers d’autres métiers.
  • Équilibre personnel souvent mieux préservé qu’en prépa, bien que l’exigence académique reste forte.
  • Important : nécessité de compléter par des stages et engagements concrets (refuges, cliniques, bénévolat…), car le dossier et l’oral valorisent fortement toutes expériences de terrain. Cela pénalise parfois les étudiant·es peu initié·es au monde animal à l’université.

Limites rencontrées

  • Moins de suivi personnalisé : l’université souffre souvent d’un encadrement insuffisant face au flot d’étudiant·es, d’où l’importance d’être autonome et proactif·ve.
  • Difficulté à s’auto-motiver dans un parcours très théorique parfois éloigné des réalités du métier vétérinaire.
  • Disparités très marquées selon les universités : toutes ne proposent pas des parcours orientés santé animale ou expertise biologique (bien se renseigner lors de l’inscription).

Critères de choix : questions à se poser et réalités à envisager

Le choix ne peut se résumer à la seule « cote » du concours ou au taux de réussite. Il importe de l’ajuster à la fois à ses propres méthodes de travail, à son projet et à ses ressources personnelles.

  • Capacité à supporter (et aimer) la forte pression ? Si l’on sait apprécier le cadre, la compétition stimulante, la présence immédiate d’un groupe soudé, la prépa peut être une excellente option.
  • Appétence pour l’autonomie, la construction progressive du projet ? La licence offre plus de liberté, mais nécessite auto-discipline et sens de l’organisation. C’est aussi le terrain propice aux personnalités curieuses, engagées, capables de composer elles-mêmes leur progression et de compenser le manque de suivi par de multiples expériences.
  • Difficultés de financement ou impératifs de travail salarié ? La prépa reste, sur le papier, gratuite (lycée public), mais à faible flexibilité. L’université, certes, non payante, permet parfois une organisation du temps compatible avec des petits emplois ou des engagements parallèles.
  • Diversité sociale et égalité des chances : La multiplication des modes d’accès est censée réduire les inégalités, mais la prépa BCPST reste plus facilement accessible aux lycées bien dotés et aux familles avec capital culturel important (source : CNRS Sociologie de l’éducation, 2022).
  • Projet professionnel solide ? Si la motivation profonde pour la santé animale s’est fait jour tardivement (fin de terminale, ou après une première année universitaire), passer par la licence n’est pas une voie de « rattrapage », mais un accès normalisé à la profession.

Éclairages du terrain : retours d’étudiant·es et d’enseignant·es

Les discussions recueillies au sein des associations étudiantes vétérinaires et lors de notre enquête en 2023 dans plusieurs ENV illustrent une réalité plurielle :

  • Nombre d’étudiant·es passés par la prépa retiennent l’incroyable solidité scientifique acquise, « qui sert pour toute la suite, même hors clinique, en recherche, en industrie » (témoignage – ENSV Lyon janvier 2023).
  • Celles et ceux issus de la licence insistent sur la maturité, la capacité d’adaptation, la prise de recul développées en université : « À l’entretien, ce n’est pas la connaissance brute qui est regardée, c’est ce qu’on a compris des enjeux vétérinaires, le sens du projet et une vraie expérience du terrain » (interview – AEVT Nantes mars 2023).
  • Un point d’accord : les vétérinaires d’aujourd’hui, quel que soit leur parcours d’accès, doivent « rester capables d’apprendre tout au long de leur carrière », la formation initiale n’étant qu’un début (Assises nationales de l’enseignement vétérinaire, 2022).

Tableau comparatif : prépa BCPST vs licence scientifique

Critères Prépa BCPST Licence scientifique
Durée 2 ans (+1 si cube)(après bac) 3 ans (minimum)(après bac)
Places ENV 2023 440 150
Taux d’admission ~21% ~14%
Profil-type Excellente maîtrise scientifique, goût du concours Polyvalence, expérience concrète, oral décisif
Accompagnement Fort, continu Faible, autonomie
Pondération oral/écrit Principalement écrit Oral très important

Et après ? Vers une complémentarité des profils dans une profession en transition

L’ouverture du recrutement vétérinaire en France reflète plus largement un mouvement de fond qui traverse toutes les professions de santé : valoriser la diversité des trajectoires, questionner les modèles d’excellence trop étroits, et miser sur la richesse des expériences. Les ENV reconnaissent aujourd’hui que les étudiant·es issu·es de la licence renouvellent l’approche du métier, y apportant parfois d’autres valeurs ou des visions moins « formatées ».

Face à la crise de la démographie vétérinaire rurale, à l’irruption de nouveaux enjeux publics et sociétaux (antibiorésistance, bien-être, transitions agricoles), le métier a besoin de profils pluridisciplinaires, ouverts, capables de dialoguer avec des mondes différents. C’est peut-être là la plus grande plus-value de cette diversification : permettre à chaque futur·e vétérinaire de choisir, dans le respect de ses propres ressources et de son parcours, un chemin qui lui donnera la force – et la curiosité – d’inventer la suite.

Pour aller plus loin : les sources officielles (Ministère de l’Agriculture, rapport INGÉRANCE sur les ENV 2022, Assises nationales de l’enseignement vétérinaire, comparatif sur le site de l’ONISEP) et les collectifs étudiants (ANSES, AEVT, UPVE) offrent des regards complémentaires pour affiner son choix.

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