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Vétérinaire en France : Peut-on vraiment cumuler plusieurs statuts professionnels ?

2 septembre 2025

Mutation de la profession : le multi-statut, un nouveau visage du vétérinaire

Les contours du métier de vétérinaire en France évoluent à grands pas, poussés par une transformation profonde des attentes des professionnels et de la société. Au cœur de cette mutation, une question fait de plus en plus écho sur le terrain et dans les discussions professionnelles : la possibilité de cumuler plusieurs statuts d’exercice. Peut-on être à la fois salarié et libéral, dirigeant une clinique et consultant, vétérinaire praticien et enseignant, ou encore s’engager en parallèle dans une start-up, une association ou l’administration ? Bien plus qu’une fantaisie de portfolio professionnel, cette pluralité de modes d’exercice traduit une réponse concrète à la crise de vocation, à la recherche de sens ou à la volonté d’expérimenter d’autres modèles.

Décryptage des statuts possibles pour les vétérinaires

Avant de s’interroger sur la possibilité de les cumuler, il est essentiel de saisir la diversité des statuts auxquels un vétérinaire peut prétendre en France :

  • Salarié(e) : dans une clinique vétérinaire, un laboratoire, un service public, une entreprise agroalimentaire, un zoo, etc.
  • Libéral(e) : en tant qu’associé(e) ou non dans une structure vétérinaire, travaillant à son compte sous le régime BNC ou via une société (SEL, SCP, etc.).
  • Fonctionnaire : en administration (DGAL, direction départementale, recherche, enseignement supérieur, etc.), sous statut de la fonction publique d’État, territoriale ou hospitalière.
  • Entrepreneur(e) : création de sociétés, start-ups (notamment dans le medtech, pettech, consulting, etc.).
  • Vacataire / enseignant(e) contractuel(le) : intervention dans des écoles vétérinaires ou d’autres établissements d’enseignement.
  • Expert(e) vétérinaire : pour les assurances, la justice, des organismes certificateurs.
  • Bénévole : implication dans des ONG, refuges, missions de protection animale, etc.

Selon la dernière enquête du SNVEL (2020), plus de 20% des vétérinaires français cumulent déjà au moins deux activités professionnelles ayant chacune un statut reposant sur une base réglementaire différente (SNVEL).

Le cadre légal du cumul des statuts en médecine vétérinaire

La polyvalence statutaire du vétérinaire n’est possible que dans le respect d’une réglementation stricte relevant à la fois du Code du travail, du Code rural, du Code de la santé publique et des différents statuts de la profession vétérinaire (Ordre national des vétérinaires). Voici ce qu’il faut retenir :

  • Aucune incompatibilité stricte n’existe à cumuler des statuts de salarié et de libéral, tant que l’activité libérale ne concurrence pas faite à l’employeur principal et que les contrats de travail l’autorisent (clause d’exclusivité ou de non-concurrence).
  • Le cumul fonctionnaire/libéral est encadré par le régime de la déontologie de la fonction publique, limitant certaines activités accessoires. Depuis la loi de 2016 (loi “déontologie”), depuis le 1er février 2020, le cumul d’activités privées avec une activité de fonction publique est beaucoup plus restreint pour les nouveaux entrants. L’article 25 septies de la loi n°83-634 l’encadre précisément.
  • Le cumul salarié/entrepreneur est possible, sauf stipulation contraire dans le contrat de travail, mais attention aux obligations de loyauté et d’exclusivité.
  • Le Code de déontologie vétérinaire impose aussi un strict respect des intérêts des clients, de la confidentialité, de la qualité de soins et de la publicité de ses activités.

Un vétérinaire peut donc, dans la majorité des cas, exercer plusieurs activités sous différentes formes, à condition de respecter les clauses contractuelles et déontologiques. Certaines situations précises (exercice libéral après un plein temps public, par exemple) demeurent interdites ou nécessitent une autorisation spéciale (Ordre des vétérinaires, veterinaire.fr). Une déclaration préalable à l’Ordre peut parfois être requise.

Illustrations concrètes du cumul de statuts : motivations, limites, et risques

Pourquoi envisager un cumul ?

  • Sécuriser les revenus : l’activité mixte permet de lisser les aléas (notamment entre temps partiel salarié et actes libéraux ponctuels, situation fréquente en zones rurales).
  • Éluder l’épuisement professionnel : diversifier ses missions, son environnement, multiplier les cas cliniques ou élargir son champ de compétences.
  • S’engager hors de la pure pratique (conseil, formation, médiation animale, pratiques innovantes...)
  • Tester des évolutions professionnelles, avant une potentielle reconversion ou l’installation à son compte.

Selon l’Ordre national des vétérinaires, les vétérinaires jeunes diplômés sont très représentés dans la catégorie des « pluri-actifs » (près de 40% les trois premières années), illustrant la recherche de flexibilité et d’apprentissage (Ordre des vétérinaires).

Limites et difficultés rencontrées

  • Risques juridiques : non-respect des clauses contractuelles, conflits d’intérêts, concurrence déloyale sanctionnée par l’Ordre.
  • Temps de travail : gestion de la surcharge (rappel : le plafond légal du temps de travail reste 48h/semaine, tous employeurs confondus, selon le Code du travail).
  • Régimes fiscaux et cotisations sociales : superposition (parfois complexe) des régimes BNC, micro-entrepreneur, salariat, indépendants, etc.
  • Protection sociale : le cumul peut entraîner le morcellement des droits, notamment pour la retraite (CAVP, Sécurité sociale, AGIRC-ARRCO...)
  • Qualité de vie : surcharge, temps de pause, effets sur la santé mentale.

Anecdote issue du terrain : certains vétérinaires « multi-casquettes » témoignent avoir découvert tardivement que leurs droits à la retraite étaient moins avantageux que prévu, faute d’une gestion claire des cotisations entre activités libérales et salariées (CAVP).

Sur le terrain : témoignages et statistiques récentes

Le tableau suivant, inspiré de l’enquête VetoFocus 2023 (réalisée par VetFuture/SNVEL), illustre la répartition des types de cumuls de statuts vécus par les vétérinaires en France :

Configuration Pourcentage (2023) Exemple
Libéral + salarié 12 % Pratique en cabinet vétérinaire + consultance alimentaire
Salarié + vacataire/enseignement 8 % Salariat en clinique + enseignement à titre occasionnel
Fonctionnaire + libéral (autorisé) 2 % Enseignement public + actes libéraux autorisés
Bénévolat régulier + statut professionnel 15 % Exercice vétérinaire et implication associative

Point notable : chez les femmes vétérinaires (qui représentent 72% des diplômés depuis 2020, d’après l’ENVA), le cumul de statuts est davantage envisagé comme une stratégie d’équilibre vie professionnelle/personnelle, de flexibilité, mais aussi d’engagement social (ENVA, 2023).

Les recommandations des instances et experts : vigilance, anticipation, conseil

  • S’informer précisément auprès de l’Ordre des vétérinaires (régles de déontologie, déclarations à effectuer).
  • Solliciter l’avis d’experts (avocat, expert-comptable, fiscaliste) en amont du cumul, pour adapter ses contrats, sa gestion sociale et fiscale.
  • Faire clarifier par écrit toute clause contractuelle complexe avec ses différents employeurs ou associés.
  • Se rapprocher des syndicats professionnels qui publient des fiches conseils et guides sur la pluri-activité (SNVEL, SNGTV, AVF…)
  • Evaluer ses capacités personnelles (risques d’épuisement, disponibilité).

Un guide pratique sur ce sujet, mis à disposition par l’Ordre national des vétérinaires, détaille les étapes pour déclarer une activité secondaire, gérer ses obligations sociales et éviter les sanctions (veterinaire.fr, rubrique “Exercice professionnel”).

Vers quelle évolution des statuts chez les vétérinaires français ?

Le métier de vétérinaire en France s’ouvre, par nécessité mais aussi par aspiration, à la pluralité des statuts et des expériences. Le cumul, loin d’être une anomalie, devient un levier d’engagement et d’innovation pour la profession : nouveaux modes d’intervention (consulting, télémédecine vétérinaire — désormais encadrée depuis mars 2024 par l’Ordre : source), développement d’expertises pluridisciplinaires, implication citoyenne renforcée… La question du multi-statut interroge néanmoins sur la soutenabilité du modèle vétérinaire français, touché à la fois par la difficulté d’installation, la perte d’attractivité du travail en clientèle, et l’exigence d’adaptation aux mutations sociétales.

Si la législation continuera probablement d’être ajustée au fil des évolutions du secteur, il reste indispensable d’inscrire toute démarche de cumul dans une logique éthique et durable, en préservant la qualité du soin, le bien-être des professionnels et la confiance dans la profession.

L’expérience du terrain indique que l’exercice vétérinaire de demain ne se résumera plus à un unique mode d’exercice : il sera pluriel, collaboratif, et porteur de sens. Partagez vos expériences ou interrogations sur ce sujet en commentaire : la réflexion sur le multi-statut ne fait que commencer.

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