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Étudier et travailler au-delà des frontières : ce que proposent les écoles vétérinaires françaises en matière de partenariats internationaux

12 décembre 2025

Une tradition d’excellence, une internationalisation croissante

En France, la formation vétérinaire est historiquement centralisée autour de quatre écoles publiques principales. Depuis le lancement du « Plan Vétérinaire Horizon 2025 » du Ministère de l’Agriculture, la nécessité de l’ouverture internationale est reconnue comme un levier clé pour répondre tant aux enjeux de santé animale globale qu’à l’évolution prévisible du métier (source : Ministère de l’Agriculture). Selon le rapport annuel 2023 du réseau des écoles nationales vétérinaires (ENV), près de 19 % des étudiants de dernière année effectuent désormais au moins un stage ou une mobilité à l’étranger pendant leur cursus, contre moins de 10 % en 2010.

Ces chiffres s’expliquent par l’explosion des accords de mobilité, la signature de doubles-diplômes, l’implication croissante des écoles dans des réseaux européens et internationaux (EAEVE, Vet+Iberia, European University VET+, etc.), mais aussi une valorisation explicite des expériences internationales dans les critères de recrutement et de formation continue.

Cartographie des principaux programmes et types de partenariats

Programmes d’échanges étudiants : Erasmus+ et au-delà

  • Erasmus+ : Toutes les écoles vétérinaires françaises sont membres du programme Erasmus+, offrant des départs pour des semestres d’études ou des stages pratiques dans plus de 60 universités européennes partenaires. À titre d’exemple, l'ENVA propose plus de 35 accords actifs, notamment avec l'Université de Liège, la Ghent University, ou l'Universidad Complutense de Madrid.
  • Accords bilatéraux hors Europe : Augmentation marquée des destinations extra-européennes, notamment au Canada (Université de Montréal, Université de Calgary), aux États-Unis (Cornell University, University of Georgia), en Australie (Melbourne), en Asie (Université de Tokyo, Université de Hanoï). Ces places sont cependant limitées, la sélection étant souvent exigeante.
  • Stages à l’étranger : Les stages professionnels, obligatoires ou non selon l’école et l’année, peuvent être effectués à l’étranger dans des cliniques, ONG, instituts de recherche ou entreprises d’agroalimentaire. En 2022, VetAgro Sup recensait 127 stages effectués hors France, dans 27 pays différents.

Doubles diplômes et co-diplômations : vers une reconnaissance globale ?

  • France – Espagne : Le cas du double diplôme ENVA – Universidad Complutense de Madrid. Unique en Europe, ce partenariat lancé en 2015 a permis la diplomation conjointe de plus d’une trentaine d’étudiants, leur ouvrant l’accès direct aux deux marchés du travail et à la mobilité professionnelle européenne immédiate.
  • Programmes conjoints avec le Québec et la Suisse : Diverses passerelles, parfois non-diplômantes mais professionnalisantes, sont établies avec l’Université de Montréal et la faculté vétérinaire de Berne.
  • Création de modules européens communs : Oniris coordonne, depuis 2020, le module inter-écoles “Food Safety – Global Challenges”, accueilli à Nantes, Zurich et Parme, dans le cadre du European Food Veterinary Training Network.

Coopérations scientifiques et réseau de recherche

  • Programmes européens (Horizon Europe, COST) et internationaux : Participation de toutes les ENV à des consortiums et projets de recherche sur la santé animale, l’antibiorésistance, les zoonoses émergentes, le bien-être animal et l’épidémiologie. VetAgro Sup et Oniris sont partenaires de plus de 30 projets financés par l’Union Européenne entre 2018 et 2023 (source : CORDIS).
  • Centres de référence OIE/WOAH : Les ENV hébergent plusieurs centres de référence de l’Organisation mondiale de la santé animale, ce qui entraîne de nombreuses missions d’expertise et des formations internationales (influenza aviaire, maladies vectorielles...).
  • Mise en réseau francophone : Partenariats étroits avec les écoles vétérinaires du Maghreb (Tunisie, Maroc, Algérie) et d’Afrique subsaharienne, souvent financés par l’Agence universitaire de la Francophonie ou l’IRD.

Au-delà des accords : comment se traduit l’internationalisation pour les étudiants et professionnels ?

Une palette élargie de compétences et d’expériences

  • Acquisition d’une expertise internationale sur les enjeux de santé animale (émergence de maladies exotiques, régulation sanitaire internationale, législation comparée).
  • Amélioration des perspectives d’employabilité, tant dans le secteur privé (cliniques internationales, groupes agro-industriels, ONG) que dans la fonction publique européenne (EFSA, ECDC, organisations vétérinaires internationales).
  • Ouverture culturelle et linguistique, aujourd'hui explicitement valorisée dans les parcours de formation et par les employeurs.

Ce mouvement n’est pas sans impact sur les stages, souvent limités en nombre et conditionnés par la maîtrise de la langue du pays d’accueil, ou les équivalences de compétences cliniques. Un rapport interne de l’ENV Toulouse souligne toutefois que près de 92 % des étudiants ayant réalisé une mobilité internationale recommanderaient cette expérience à leurs pairs, et que 44 % d'entre eux ont reçu une proposition d’embauche dans le pays d’accueil.

L’enseignement et la recherche aussi concernés

  • Co-tutelles de thèse : Les doctorants vétérinaires français bénéficient de possibilités croissantes de co-tutelles avec des universités étrangères de renom (Cambridge, Colorado State University, UQAM…).
  • Mobilités d’enseignants-chercheurs, visites d’experts et programmes de formation continue partagés avec des équipes du monde entier.

Des enjeux stratégiques pour la profession et la formation vétérinaire française

L’internationalisation des ENV ne résulte ni d’un effet de mode, ni d’une simple volonté d’attractivité. Elle répond à des défis structurels et professionnels :

  • Répondre à la mondialisation des risques sanitaires : Un tiers des épidémies mondiales apparues entre 1990 et 2023 sont d’origine animale (source : OMS). Former les vétérinaires à la gestion des crises sanitaires nécessite une familiarité avec les pratiques et réglementations de plusieurs continents.
  • Alignement des diplômes dans l’Union européenne : Depuis la réforme européenne du diplôme vétérinaire unique, la capacité à travailler partout en Europe s’impose comme une nécessité.
  • Soutien à l’innovation et à la recherche : Les financements européens et internationaux sont devenus incontournables dans la recherche vétérinaire. La France, en intégrant des réseaux globaux, améliore sa capacité d’innovation et sa réactivité sur des sujets tels que l’antibiorésistance ou l’écopathologie.
  • Lutte contre la pénurie de vétérinaires en zones rurales : Certaines régions françaises bénéficient de l’apport de diplômés étrangers, issus de coopérations avec les pays européens ou partenaires, pour pallier le déficit chronique de praticiens, notamment en médecine rurale (source : SNVEL, 2023).

Des défis persistants, des perspectives à concrétiser

Malgré ces avancées, plusieurs freins subsistent :

  • Inégalités d’accès selon les moyens financiers de l’étudiant, la disponibilité de places et la maîtrise des langues.
  • Reconnaissance encore incomplète de certains modules ou périodes de stages dans les maquettes françaises.
  • Démarches administratives (visas, équivalences, assurances) pouvant décourager les candidats et ralentir les mobilités.

Face à une demande croissante, certaines écoles renforcent leur accompagnement : bourses spécifiques, centres de langues, ateliers administratifs, mise en place de bureaux des relations internationales renforcés. Mais tout ne repose pas sur les institutions : le réseau alumni, les contacts professionnels et les expériences partagées sont de plus en plus précieux dans la concrétisation d’une mobilité.

Une ouverture à poursuivre et à ajuster

La dimension internationale s’impose d’ores et déjà comme une composante essentielle de la formation vétérinaire française. Par la diversité des partenariats, la richesse des coopérations et l’impact tangible sur la profession, l’ouverture internationale ne relève plus de l’optionnel, mais de l’engagement incontournable. Toutefois, la construction de cursus réellement transfrontaliers, inclusifs et efficaces reste un chantier en évolution. Réussir cet ancrage mondial ne peut se faire sans un dialogue constant avec les étudiants, les professionnels et les partenaires, pour que l’expérience mondiale serve autant à renforcer les compétences qu’à soutenir la vocation et la qualité du métier vétérinaire, ici comme ailleurs.

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